Proverbes & Expressions

La fraise dans le monde

  • Allemand : erdbeere
  • Anglais : strawberry
  • Arabe : fraoula
  • Chinois : căoméi
  • Coréen : dial kee
  • Espagnol : fresa
  • Italien : fragola
  • Japonais : ichigo
  • Neerlandais : aardbei
  • Norvégien / Danois : jordbær
  • Polonais : truskawka
  • Portugais : morango
  • Russe : klubnika
  • Suédois : jordgubbe
  • Tchèque : jahoda

Poème enfantin

Dans mon petit jardin
Je cultive en secret
Une plante à bonbon.

Je vais chaque matin
La regarder de près
Et compter ses boutons.

Et aujourd’hui enfin
Sous une feuille j’ai trouvé
Une belle grosse fraise !

Le meilleur des bonbons !

Proverbes et expressions

Ramener sa fraise

Signification : Intervenir souvent et de façon importune ou lassante.
Origine : On dit d’une personne qu’elle “ramène sa fraise” lorsque, dans une discussion, elle intervient souvent sans que le sujet de conversation ne la regarde ou sans qu’on lui demande son avis.
Ici, la “fraise” n’est autre que la tête. En effet, il s’agit d’un vocabulaire argotique désignant le visage.
En réalité, “ramener sa fraise” signifie tout simplement s’approcher, ce qui a également donné l’expression “la ramener”.

"Ramener sa fraise" - Illustration NaC'imagINE
“Ramener sa fraise” – Illustration NaC’imagINE

Quant à ce verbe “ramener”, il pourrait provenir des plus anciens “ramoner” et “ronchonner” qui signifiaient familièrement “râler”.
Bien que cet usage tende à disparaître aujourd’hui, le vocabulaire argotique désignant la tête a souvent emprunté à celui de la cuisine (cafetière, bouillotte,…) et du jardin (le citron, la cerise, la poire, la pomme sont autant de formes argotiques).

Aller aux fraises – Aller cueillir des fraises des bois

Trois significations pour cette expression :

  • Chercher un lieu écarté, un endroit retiré, isolé pour des ébats amoureux, propice à la fornication où marivauder.

Aller aux fraises signifie en effet se rendre en forêt en galante compagnie, histoire de trouver un endroit à l’abri de tout regard indiscret, pour flirter, et plus si affinités.
Par analogie, l’expression désigne des relations intimes dans un endroit à l’abri des regards indiscrets.
L’activité naïvement anodine de cueillette de fraises qu’on ne saurait découvrir qu’en des lieux cachés en désigne métonymiquement une autre.
La découverte de cet objet de désir gourmand qu’est la fraise des bois que l’on va se faire un plaisir de consommer peut aussi faire penser à ces autres objets du désir bien dissimulés que sont les parties génitales. La fraise est rouge, couleur à rapprocher de celle rose foncé du gland ou du clitoris. Selon Wartburg, le mot ‘fraise’ a eu clairement des emplois érotiques pour désigner le bout des seins ou le vagin. On associera alors l’acte sexuel à la ‘consommation’.

  • Avoir un pantalon trop court qui laisse apparaître chevilles ou chaussettes.

On imagine que cela vient du fait que pour aller cueillir les fameux fruits au milieu de la parcelle, il est prudent de remonter le bas du pantalon pour ne pas le mouiller ou le salir au contact de la végétation. Dans d’autres régions, sans doute moins favorables à la culture de ces délicieux fruits, on évoque plutôt une inondation de la cave ou encore un “feu de plancher”…

  • Errer sans but, perdre son temps, battre la campagne, chercher midi à quatorze heures, être à côté de ses pompes…

Par analogie avec la marche erratique du cueilleur. Trouver des fraises dans le sous-bois n’est pas chose facile : il faut se promener pendant des heures d’un point à un autre, sans forcément suivre une trajectoire précise afin de repérer les endroits bien garnis.

Sucrer les fraises

Signification : Etre agité d’un tremblement nerveux. Etre gâteux, sénile.
Origine : Le geste ainsi fait rappelle malheureusement celui qui agite les membres de personnes, généralement âgées (d’où le sens “être gâteux”), atteintes d’une maladie dégénérative qui provoque des tremblements incontrôlés.
C’est par une plaisanterie un tantinet douteuse que ces mouvements ont été assimilés à celui du sucrage des fraises pour donner naissance à notre expression.

"Sucrer les fraises" - Illustration Pierre Jungers
“Sucrer les fraises” – Illustration Pierre Jungers

A l’origine, c’est Louis-Ferdinand Céline qui, en 1936, a utilisé “sucrer” pour désigner les tremblements d’un ivrogne. Et en 1940, c’est Francis Ambrière, dans “Les grandes vacances”, qui a rajouté les fraises à propos de tremblements séniles, la locution étant ensuite passée à la postérité.

Exemples :

Il marchait à tout petits pas (…). Il tremblotait dans la serrure. Il pouvait plus sortir la clef, tellement qu’il sucrait.
Louis-Ferdinand Céline, Mort à crédit

Pauvre Achille, je me rappelle, il s’était mis à sucrer les fraises par là 2 ans avant sa mort.
Marcel Aymé, Le vin de Paris

Une croyance répandue veut que cette expression viendrait de ces colerettes plissées appelées fraises que portaient les hommes et les femmes des XVIe et XVIIe siècle. En effet, ces personnes lorsqu’elles étaient âgées et tremblantes pouvait répandre dessus le sucre en poudre dont elles se servaient pour sucrer certains produits.

Mettre une fraise dans la gueule du loup

Signifie faire preuve de pingrerie, donner peu, être radin.

Des vertes et des pas mures

Signification : Des choses excessives.
Origine : Si “vert” et “mûr” sont des termes mis en opposition depuis le XIIIe siècle, c’est au XVe siècle qu’est apparue cette expression sous la forme : “bailler de belles, des vertes et des mûres”. Le sens du mot “vertes” varie en fonction du contexte. Il peut s’agir de plaisanteries ou au contraire de propos désagréables.
Ce mot sert également à désigner un fruit qui n’est pas mûr, donc acide. On note d’ailleurs la redondance entre les “vertes” et les “pas mûres”, qui a pour effet d’amplifier le sens de l’expression. “En voir ou en entendre des vertes et des pas mûres” signifie que l’on entend des propos désagréables, choquants ou excessifs.

Être aux fraises

C’est être complètement à côté du sujet parce qu’on a la tête ailleurs !

Anecdotes

D’après une très ancienne tradition indo-européenne, le diable, les esprits du mal, les fées, les gnomes se servent des fraises pour attirer les jeunes qui s’aventurent dans les forêts et s’en prendre à eux.

La fraise est vite devenue symbole de plaisir d’amour.
Au XVIIIe siècle, on nommait “fraise” les tétons des femmes, ce qui entraîna la locution “aller aux fraises” comme synonyme de flirter.

Dans des temps pas si reculés, les maraîchers avaient l’habitude d’épandre du fumier autour des plants de fraises. La médecine balbutiante trouvait néanmoins cette pratique peu recommandable d’un point de vue hygiénique, les gens faisaient donc tremper les fraises au moins une heure dans du vin rouge pour les desinfecter, une pratique intéressante, non ?
Toujours est-il qu’aujourd’hui, si nous n’avons plus ce problème à résoudre, le mariage fraise / vin a perduré et il faut bien dire qu’avec une pincée de sucre, c’est très très bon !

La fraise : clé du paradis selon les indiens Ojibwa du sud-ouest de l’Ontario. Ceux-ci pensent que l’âme des défunts reste errante jusqu’à ce qu’elle rencontre une fraise à l’apogée de sa maturité. Lorsqu’elle y goûte, elle peut alors entrer au Pays des Morts et reposer en paix pour l’éternité.
En effet, les morts ne doivent plus goûter aux fruits des vivants. Lorsqu’un homme meurt son âme qui reste consciente va vers le pays des morts jusqu’à ce qu’elle parvienne à une énorme fraise. Les fraises sont la nourriture d’été des Indiens et symbolisent la bonne saison. Si l’âme du défunt goûte à ce fruit, elle oubliera le monde des vivants et tout retour à la vie et au pays des vivants lui sera à jamais impossible. Si elle refuse d’y toucher, elle conserve la possibilité de revenir sur terre, explique l’ethnologue Jean Servier dans L’homme et l’invisible.

Selon les écrits d’Albert le Grand pour se promener tranquillement dans un endroit « à serpents », il faut se munir de feuilles de fraisier, « car aussitôt qu’un serpent sent ces feuilles, il prend la fuite.
Cela est si vrai que si l’on fait comme un cercle avec ces feuilles, et qu’ensuite on mette au milieu un serpent vif, il y demeurera sans se remuer, de même que s’il était mort : que si l’on fait du feu proche de ce cercle, et que l’on fasse une ouverture du même côté où sera ce feu allumé, ce serpent aimera mieux se jeter dans le feu que de rester au milieu de ces feuilles ».

La tradition veut qu’une jeune fille qui aime beaucoup manger des fraises hérite d’un mari volage.

Dans l’est de la Pologne, le fraisier sauvage est un porte-bonheur très prisé.
Selon Scott Cunningham, “Il pousse, dit-on, sur les pas d’un valeureux guerrier ou d’une sainte femme.”

En Norvège, il est conseillé aux femmes enceintes de porter sur elles des feuilles de fraisiers.
Elles protègeront son bébé et la soulageront des douleurs de l’accouchement.

Selon la tradition germanique, les petits enfants morts montent au paradis cachés dans des fraises qu’ils offrent à la Vierge Marie. D’où l’interdiction faite aux mamans des jeunes défunts d’en manger avant la Saint-Jean pour ne pas offenser la Vierge Marie et l’inciter à ouvrir les portes du Paradis.

La fraise est le symbole de la bonté parfaite et du dévouement.

Citations, dictons et littérature

A la Sainte-Virginie [8 juillet],
La récolte de fraises est finie.
Dicton

A la Pentecôte, fraises on goûte.
A la Trinité, fraises au panier.
Dicton Français

On ne peut pas manger des fraises à l’année.
Proverbes québécois

Celui qui cherche un gout de fraise au vin et un gout de noisette au beurre ne doit pas s’étonner s’il trouve des cailloux dans ses lentilles.

Comme la fraise à le goût de fraise, ainsi la vie a le goût de bonheur.
Alain, Propos d’un normand

Ne demandez pas des œillets au rosier ni à la pêche le goût de la fraise.
Acceptez la lune avec son hémisphère caché.
Regardez le mauvais côté de la pomme à acquérir, et mordez le bon de la pomme acquise.
Qui ne le sait ? mais qui le fait ?
Henri-Frédéric Amiel, Grains de mil (1854)

Les enfants c’est comme les plants de fraisiers, on les enveloppe dans de la paille pour les protéger du froid et ils se tirent par les côtés.
Elizabeth Buchan, Le jardin des sentiments

Et oui! Je le sais bien!
Je n’emporterai rien,
Pas même l’ombre d’un nuage.
Mais qu’elle est belle, dans ma main,
Cette fraise sauvage!
Maurice Carême, Au Jardin des Poètes à Paris

La jeunesse, toutes les jeunesses sont le temps kafkaïen où la larve humiliée, couchée sur le dos, n’a pas plus de raison de ramener sa fraise que de chances de se remettre toute seule sur ses pattes. Autant que la vôtre, je renie la mienne. L’humanité est un cafard. La jeunesse est son ver blanc.
Pierre Desproges, Chronique de la haine ordinaire

Qu’es-tu devenue, toi que j’aimais, qui fus pimpante et pétillante, bouche de fraise et nez coquin, qu’est-ce que tu fous sous ton cyprès?
Qu’es-tu devenue? Oh je sais. Tu es devenue: azote 12%, acide phosphorique 17%, sels de phosphate 31%, âme zéro.
Pierre Desproges, Vivons heureux en attendant la mort

Oh ! que c’est malheureux que la femme mange, même des fraises dans du lait.
Xavier Forneret, Sans titre

Dentiste : Sadique diplômé d’état, qui ramène sa fraise pour vous détruire la gueule !
Stéphane Germain, Le petit dico illustré des médecins

Ce sont les enfants et les oiseaux qu’il faut interroger sur le goût des cerises et des fraises.
Johann Wolfgang von Goethe

Une bonne consolation est un amour charmant comme une jeune fraise au bord d’un vieux torrent.
Francis Jammes, De l’angélus de l’aube à l’angélus du soir

Quand vos pères avaient de la rente française,
Ils ouvraient des melons dans la salle à manger
Qui mêlaient leur parfum à celui de la fraise,
Comme un repentir d’or à votre fard léger.
Francis Jammes, Le Premier Livre des quatrains (1923)

La véritable discipline, c’est de ramasser des fraises sans en manger une seule.
Doug Larson

Je suis un coeur coquelicot, délicat, gourmand de poésie, gorgé d’un jus de tendresse.
Je m’épanouis parmi les framboises qui se mirent aux perles de rosée, les cerises écoutant les rêves aux oreilles des enfants, les fraises sauvages blotties dans les bois dormants.
Valérie Mazeau, Joli coeur

On peut aimer les chats, les glaces à la fraise, les cols roulés et Ibiza. Et ensuite les gens vous demandent d’aimer une seule personne jusqu’à ce qu’on arrête de le faire et qu’on se mette à en aimer une autre.
Katarina Mazetti, Le Mec de la tombe d’à côté (2006)

Les fraises ont un nez et les mûres ont des oreilles.
Les Nuls

Les hommes cueillaient les fruits de l’arbousier, les fraises des montagnes, les cornouilles, les mûres qui pendent aux ronces épineuses et les glands tombés de l’arbre de Jupiter aux larges ramures.
Ovide, Les Métamorphoses

Celui qui ne sait rien, n’aime rien.
Celui qui n’est capable de rien ne comprend rien.
Celui qui ne comprend rien est sans valeur.
Mais celui qui comprend, celui-là aime, observe, voit.
Plus on en sait sur une chose, plus grand est l’amour.
Qui imagine que tous les fruits mûrissent en même temps que les fraises ne sait rien des raisins.
Paracelse

Je ne puis pas plus te montrer un papillon dans une chenille, qu’une fraise dans sa fleur : il faut que le soleil ait mûri l’un et l’autre.
Bernardin de Saint-Pierre, Harmonies de la nature

Faites comme les petits enfants qui de l’une des mains se tiennent à leur père, et de l’autre cueillent des fraises ou des mûres le long des haies …
Saint François de Sales, Introduction à la vie dévote

Le génie du poète est une substance si élastique et si maniable ! c’est comme une feuille de papier blanc, avec laquelle le moindre saltimbanque fait alternativement un bonnet, un coq, un bateau, une fraise, un éventail, un plat à barbe, et dix-huit autres objets différents, à la grande satisfaction des spectateurs.
George Sand, Lettres d’un voyageur à Michel de Bourges

Est-ce que les fraises enceintes ont des envies de femmes?
Patrick Sébastien, Carnet de notes (2001)

La fraise est une des plus aimables productions naturelles: elle est abondante et salubre, elle mûrit jusques sous les climats polaires: elle me paraît dans les fruits, ce qu’est la violette parmi les fleurs, suave, belle et simple.
Etienne Pivert de Senancour, Obermann (1804), lettre 59

Si Dieu n’aimait pas les enfants, il aurait fait les fraises acides.
Sylvain Tesson, Aphorismes sous la lune et autres pensées sauvages (2008)

Ses manières nobles et polies avaient quelque chose d’une galanterie surannée comme son costume, car il portait une fraise à la Henri IV et les manches tailladées à la manière du dernier règne.
Alfred de Vigny, Cinq-Mars (1826)

Le coeur en forme de fraise,
S’offre à l’amour comme un fruit inconnu.
Louise Lévêque de Vilmorin, Fiançailles pour rire (1939)

Vous qui cueillez des fleurs et les fraises qui poussent au sol, fuyez d’ici : un froid serpent se cache dans l’herbe.
Virgile, Les Bucoliques, III